Booz s'etait couche de fatigue accable ; Il avait tout le jour travaille dans son aire, Puis avait fait son lit a sa place ordinaire ; Booz dormait aupres Des boisseaux pleins de ble.
Ce vieillard possedait des champs de bles et d'orge, Il etait, quoique riche, a la justice enclin ; Il n'avait pas de fange en l'eau de son moulin, Il n'avait pas d'enfer dans le feu de sa forge.
Sa barbe etait d'argent comme un ruisseau d'avril. Sa gerbe n'etait point avare ni haineuse ; Quand il voyait passer quelque pauvre glaneuse : <Laissez tomber expres des epis>, disait-il.
Cet homme marchait pur loin des sentiers obliques, Vetu de probite candide et de lin blanc ; Et, toujours du cote Des pauvres ruisselant, Ses sacs de grains semblaient des fontaines publiques.
Booz etait bon maitre et fidele parent ; Il etait genereux, quoiqu'il fut econome; Les femmes regardaient Booz plus qu'un jeune homme, Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand.
Le vieillard, qui revient vers la source premiere, Entre aux jours eternels et sort des jours changeants ; Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens, Mais dans l'oeil du vieillard on voit de la lumiere.
Donc, Booz dans la nuit dormait parmi les siens ; Pres des meules, qu'on eut prises pour des decombres. Les moissonneurs couches faisaient des groupes sombres; Et ceci se passait dans des temps tres anciens.
Les tribus d'Israël avaient pour chef un juge ; La terre, ou l'homme errait sous la tente, inquiet Des empreintes de pieds de geant qu'il voyait, Etait encor mouillee et molle du deluge.